index


A


Accueil : formé du préfixe latin ad qui indique la direction et du radical cueillir, issu du latin colligere qui signifie rassembler. Accueillir et cueillir sont de proches parents. Donné par la plupart des dictionnaires comme synonymes de recevoir, accueillir demeure avant tout un verbe affectif plus dégagé des conventions sociales qui entourent le verbe recevoir. On accueille en général une personne et en l’accueillant (chaleureusement, les bras ouverts, avec enthousiasme ou froideur) on manifeste les sentiments que l’on éprouve pour elle (amour, amitié, ... ou bien, plus rarement, indifférence, haine, ...).  L’accueil a un caractère passager ; s’il se prolonge on parle de recueillir les personnes et les animaux démuni∙es, ou d’adopter les choses qui, après l’ouverture d’esprit qu’est l’accueil, ont été jugées dignes d’être conservées. Le cérémonial contenu dans recevoir au sens de « faire réception » est absent d’accueillir, l’accueil conduisant à faire tomber les différences sociales, et à se laisser aller à une bonne ou à une mauvaise impulsion.



C


Créature : Créature est un terme que je suis en train de construire et qui tire sa consistance de Creatura, un mot d’origine gnostique utilisé et approfondi par Gregory Bateson, et qui désigne ce qui est vivant par opposition au Pleroma, monde du non vivant. À mon sens, le terme convoque également les cyborgs, les parent∙es, et les compagnon∙nes de Donna Haraway.

Il s’agit du vivant peuplant notre monde primaire, et le monde secondaire de nos imaginaires ainsi que certains traits organisationnels et communicationnels qui ne sont pas en eux-mêmes matériels. Créature est pour moi un mot-compagnon pour cette enquête.


Cut-up : Fondé sur le découpage et le réagencement de textes préexistants, il donne à lire une prose fragmentée et instable, aux fins éminemment contestataires : en bouleversant les codes de la création littéraire, cette technique met en place une véritable politique de l’écriture car, plus qu’un simple procédé, le cut-up est un appel à se réapproprier le langage en le libérant de sa linéarité.



D


Demeure : Emmanuel Levinas, penseur de nos obligations infinies envers les autres, désigne par Heim le mot « demeure ». Pour lui, la demeure n’est pas un lieu fermé, protégé, mais une relation pacifique avec l’Autre ; de même chez Jacques Derrida, pour qui l’habitat est une réponse transitoire à l’errance, un arrêt incertain, qui ne dure que le temps de l’hospitalité. Le Heim m’intéresse pour sa relation avec le Unheimlich imaginé par Sigmund Freud pour désigner ce qu’il appelle l’inquiétante étrangeté. Voir inquiétante étrangeté.



E


Enquête : enquester « demander ». Modalité de recherche reposant sur des questions et par l’accumulation d’informations se présentant sous forme d’indices. Elle est proche du pistage : trouver, identifier et suivre les traces. Proposer une enquête est pour moi une façon de proposer un geste spéculatif (voir récits spéculatifs).


Écriture : Dans mon mémoire rédigé en 2016 j’ai résumé cette réflexion de Jacques Derrida qui me semble mettre en tension un des aspect micro-politique de l’écriture : L’écriture, selon le concept occidental du langage, consiste en une destruction croissante du mot et de la parole. L’écriture n’existe que comme trace. C’est une trace de traces – comme la parole est une trace de pensée et l’écriture une trace de la parole – c’est-à-dire comme une signification qui n’est jamais pleine ou saturée de sens. La trace ne permet pas de remonter à une origine, c’est un reste. Il n’y a aucune vérité transcendantale. En tant que trace, l’écriture est à la fois disparaissante et apparaissante, jamais immédiate, toujours différée.  L’affirmation de Derrida « il n’y a pas de hors texte » signifie que le langage étant un outil, il n’est plus de transcendance ni de signifié transcendantal. Ce qui donne du sens au langage, c’est la répétition d’un mot et les différences qui résident en celle-ci. Il existe une dialectique propre au langage et à l’apprentissage de la parole et de l’écriture. Cet effet de renvoi produit une assimilation du sens. Mais ce renvoi, en revenant, n’apporte jamais tout à fait le même sens, car le contexte n’est jamais le même. Ainsi, le même mot, utilisé dans deux contextes très proches ne sera jamais pourvu du même signifié. C’est ce que Derrida appelle l’itérabilité. Chaque répétition étant distincte de la précédente, transgresse le code ou la loi qu’elle répète. Elle n’est pas une simple citation, mais une itération. La signification est toujours différance : c’est- à-dire la mise en rapport de l’écriture avec le champ infini et insaisissable du réseau de toutes ces traces. Voir Jacques Derrida, De la grammatologie, Minuit, Paris, 1967 dans mon mémoire Conquiere, l’irradiation blanche, le motif noir  (2016)


Espace :  Milieu idéal indéfini, dans lequel se situe l’ensemble de nos perceptions et qui contient tous les objets existants ou concevables (concept philosophique dont l’origine et le contenu varient suivant les doctrines et les auteurs). Voir milieu.


Écosophie : La définition du philosophe Felix Guattari de l’écosophie est une écologie à la fois pratique et spéculative, éthico-politique et esthétique. Voir Félix Guattari, Qu’est-ce que l’écosophie ?, Nouvelles Lignes, 2018



F


Forme qui relie : c’est un hyper-objet conceptuel, structure invisible qui relie tous les êtres vivants. La forme qui relie est microscopique et macroscopique. La forme qui relie dépasse la seule conception d’écologie, elle est également ontologique, spéculative, éthico-politique et esthétique. La forme qui relie est pour moi un mot-compagnon pour cette enquête.


Fantaisy (ou fantaisies, du genre littéraire Fantaisy) : La fantasy est pour moi une modalité de rencontre avec d’autres êtres peuplant les interstices du réel. « Ce qui semble parfois le plus bizarre et éloigné de nous entretient paradoxalement souvent des liens de proximité beaucoup plus fort que ce que l’on considère comme familier. Observer avec patience nos environnements partagés, n’est-ce pas constater à la suite de Roger Caillois qu’ils ne sont pas avares de fantastique ? Comme le souligne Estelle Zhong Mengual, côtoyer les êtres minuscules du pays de Faerie ne nous aide-t-il pas à (re-)rencontrer les altérités non-humaines de notre quotidien ? ». Voir l’appel à contribution rédigé par Pauline Chasseray-Peraldi et moi-même pour le prochain numéro de la revue Librarioli.


Forme : la manière dont une chose est ou peut être faite, présentée, traitée ; par opposition à ce qui constitue essentiellement cette chose et qui en fait le fond.



H


Hospitalité : d’Hostis, à la fois invité∙e, invitant∙e et ennemi∙e, est la racine commune aux mots « hostilité » et « hospitalité ». Je définis l’hospitalité comme un régime de relations dans un contexte défini (l’habitat) liant hôte(s) invité(s) et hôte(s) invitant(s) produisant un échange. Le réseau de relations au sein de l’habitat peut être qualifié selon diverses modalités relationnelles (le commensalisme, le parasitage, la symbiose...) ; la notion d’habitat varie selon l’échelle et la définition de ses frontières (écosystème, maison, corps humain...).

Ce terme convoque la même dualité et sensation d’intimité que l’inquiétante étrangeté. Il m’oblige, de par sa proximité, à modifier mon regard sur lui, mais aussi la représentation que je m’en fais. Voir inquiétante étrangeté.



I


Indicible : Qu’on ne peut dire ni exprimer au travers du langage. Dérivé de dicible avec le préfixe in- , issu du latin dicibilis (qui peut être dit).


Indice : Du latin indicium (indexe), l’indice indique. Mais indice joue sa proximité avec indicible. L’indice peut-il être dit ? Indice est pour moi un mot-compagnon pour cette enquête. Les indices que je recherche dans cette enquête sont les traces et manifestations de situations d’hospitalité.


Inquiétante étrangeté : ou inquiétant familier, ou encore Unheimlich en allemand désigne un effet déconcertant de la répétition à l’œuvre dans notre environnement quotidien. Le mot est conceptualisé par Sigmund Freud et comporte le mot Heim, signifiant « chez-soi ». Voir L’inquiétante étrangeté et autres textes (1919), Sigmund Freud, Folio, 2003


Invite : de invitation du latin invitatio « sollicitation à faire quelque chose »

En 2014, dans sa traduction de The ecological approach to visual perception (un livre de James J. Gibson paru en 1979) Olivier Putois a traduit le mot affordance par invite. L’affordance peut être décrite comme la caractéristique d’un objet ou d’un environnement qui suggère à son utilisateur son mode d’usage ou une autre pratique. Chaque objet de notre environnement est une «invite», en vertu de ce qu’il invite le sujet qui le perçoit à faire. L’invite dépend donc de l’espèce et de la singularité de chaque individu percevant (une marche pour un homme, invitant à monter, est un mur pour une araignée, stoppant ou invitant à escalader). Je privilégie le mot invite car elles participent du vocabulaire de l’hospitalité. J’aimerais par la suite tisser sa définition avec celle du mot indice afin d’en faire un mot-compagnon.


Invitation : le fait d’enjoindre quelqu’un∙e à faire quelque chose. Dans le contexte de cette enquête l’invitation concerne principalement le fait de proposer à quelqu’un∙e ou quelque chose de pénétrer un espace propre défini comme privé. L’invitation suggère que je reste chez moi, je contrôle ma maison, mon territoire, ma langue. L’invité∙e se plie aux règles en usage chez moi. C’est le cas dans toute société organisée, famille ou nation. Derrida oppose à invitation le mot visitation qui serait de l’ordre de l’hospitalité pure ou inconditionnelle. La visitation consiste à laisser venir le ou la visiteur∙rice inattendu∙e sans lui demander de comptes. La maison est ouverte, même aux intru∙es. Voir Jacques Derrida et Anne Dufourmantelle, De l’hospitalité, Calmann-Lévy, 1997.



M


Micro-politique :  « Micro-politique » est une catégorie utilisée par Félix Guattari à la fois pour délimiter, théoriquement, un certain niveau d’observation des pratiques sociales : leur économie inconsciente, là où se manifeste une certaine plasticité dans l’articulation du désir et de l’institution ; et, pratiquement, pour définir, dans un monde ségrégué, le champ d’intervention de « ceux dont la profession consiste à s’intéresser au discours de l’autre ». Dans les littératures environnementales, la «micro-politique» est le produit de notre formation à la sensibilité rendue possible par l’enchantement. La «micro-politique» a été un moyen de mobiliser des réponses éthiques pour répondre à la « crise écologique ». Cependant, la formulation de cette micro-politique a toujours est un pari optimiste plutôt qu’une recette fiable. Elle comporte de nombreux angles morts, en passant par le fait que les formes contemporaines d’enchantement qui sont mobilisées avec le plus de succès sont celle du capitalisme.
Malgré ces limites, l’enchantement reste un mode d’investigation productif dans les humanités environnementales. Notre définition de micro-politique cherche à revitaliser celle des littératures environnementales en revenant une notion de politique d’échelle plus proche de la définissions de Guattari. C’est-à-dire identifier les échelles de foyer de pouvoir afin de les occuper, les modifier, bousculer. Il s’agit de ceux que nous identifierons dans langage pictural, verbal ou relationnel. Voir Micropolitique et segmentarité (1933) dans Mille plateaux de Gilles Deleuze et Felix Guattari, Les Éditions de Minuit


Milieu : Le « milieu », dans son usage le plus commun, est à la fois ce qui est autour de l’individu (environnement) et entre les individus (medium). Les deux sens du terme de milieu se rejoignent dans une philosophie de l’individuation selon laquelle, pour comprendre la relation de l’individu et de son milieu, il faut partir du mi-lieu de cette relation, c’est-à-dire au point où ni l’individu ni le milieu ne sont encore constitués. Le milieu n’est donc pas, à proprement parler, extérieur à l’individu : il en est le complémentaire, à ce titre il n’est pas l’environnement. Nombreux sont ceux qui ont théorisés cette distinction entre l’environnement et le milieu (entre autres, Uexküll, Goldstein, Merleau-Ponty, Canguilhem, Simondon). Cette définition a été trouvée sur le site de l’association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit : arsindustrialis.org/milieu



N


Non-figurable : Qu’on ne peut représenter par l’image.



P


Pharmakon : désigne tout à la fois le poison et le remède. Le pharmakon est un moyen d’incorporer le négatif de façon dynamique dans la réflexion. Grâce au pharmakon les concepts ne s’opposent donc pas de manière binaire, ils intègrent leurs propres oppositions. Ainsi, pharmakon propose de créer des alliances afin de fabriquer collectivement de nouveaux savoir sensibles.



R


Récits spéculatifs (ou gestes spéculatifs) : Une démarche spéculative recherche la connaissance d’objets qui sont hors de portée de l’expérience. Ce sont des gestes qui, dans la lignée des travaux de Donna Haraway et de ses jeux de ficelles, enjoignent à s’engager dans la voie de la connaissance spéculative. Voir notamment Didier Debaise, Isabelle Stengers (éd.), Gestes spéculatifs, Colloque de Cerisy, Collection Drama, Les Presses du Réel, Dijon, 2015


Relation : Rapport, liaison qui existe, conçu comme existant entre deux ou plusieurs choses, grandeurs, phénomènes



S


Signe : Un signe est la réunion de quelque chose que je perçois et de l’image mentale associée à cette perception. Selon le linguiste Ferdinand de Saussure, le signe est par essence double. On appelle signifiant, la face matérielle, physique, sensoriellement saisissable, et signifié la face immatérielle, conceptuelle, qu’on ne peut appréhender qu’intellectuellement. Selon le sémiologue Charles Sanders Peirce, on peut les classer en 3 catégories : Les signes indiciels (traces sensibles d’un phénomène, une expression directe de la chose manifestée), les signes iconiques (des représentations analogiques détachées des objets ou phénomènes représentés) et les signes symboliques (rompent toute ressemblance et toute contiguïté avec la chose exprimée et concernent tous les signes arbitraires comme la langue, le calcul…)


Situé (savoir) : En 1988 Donna Haraway écrit Savoirs situés. Dans ce texte, elle revendique une production des savoirs capable de rendre compte des lieux et des histoires depuis lesquelles nous voyons et produisons des connaissances. Des savoirs capables aussi de construire, depuis ces localisations, des connexions partielles avec ce, celles et ceux, humain∙es et autres qu’humain∙es, qui partagent nos mondes. Voir Donna Haraway « Savoirs situés : la question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle », dans Des singes, des cyborgs et des femmes. La réinvention de la nature., J. Chambon, 2009



T


Technique (vocabulaire) : un ensemble de connaissances théoriques ou pratiques liées à un sujet particulier.



V


Virus : familière, la notion de virus existe avant tout dans le domaine de la médecine et de la biologie. Mais on la retrouve également en sciences cognitives pour décrire les transmissions entre les cerveaux ainsi qu’en informatique lorsqu’un ordinateur est « victime » d’un automate auto-réplicateur. Si le terme s’est élargi conceptuellement, ce n’est pas par abus de langage. C’est parce qu’en chacun des cas, le virus ne désigne rien d’autre qu’un support d’information qui mute en se répliquant. Voir mon mémoire Conquiere, l’irradiation blanche, le motif noir (2016).